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Les 100 jours de Villepin : Waterloo, morne emploi

Par un mystérieux tour de passe-passe le Premier Ministre réussit là ou les mathématiques ne peuvent plus rien. Un exploit sans précédent qui consiste à diminuer le pourcentage de chômeurs tout en en augmentant le nombre à grand renfort de délocalisation et de fermetures d’entreprises... et pas des moindres !

Saint Domingue, milieu du XVIIème siècle : dans les livres de comptabilité des propriétaires terriens, l’esclavage devient, pour la première fois, un coût de production.
Amérique, fin du du XVIIème : le marché aux esclaves s’adapte au besoin de la demande des propriétaires terriens.
France 2005 : le marché du placement du travail est ouvert aux entreprises de travail temporaire dont les honoraires varient entre 15 et 25 % du salaire brut.

Un nouvel esclavage s’impose, porté par le libéralisme et ses laquais. Précarité, salaires minimums pour assurer uniquement la survie, liberté d’aller et venir sous surveillance, liberté de parole restreinte, gouvernement sous ordonnances, occupation des médias par le pouvoir politico-économique, refus de prendre en compte les résultats d’un référendum voulu pas le Président de la République. Tout y est pour nous rappeler que l’histoire, qui donne l’impression de se répéter suit en fait un cours délibérément tracé par le pouvoir en place, qu’il soit politique ou économique. L’homme n’est qu’une vulgaire marchandise qui entre dans les coûts de production et qui doit, sans cesse s’adapter à la demande d’un marché organisé, aujourd’hui par l’OMC.

Un nouveau marché de l’esclavage est né

Monsieur de Villepin savait, lors de son discours de politique générale, le 08 juin 2005, que le chômage est avant tout une donnée économique nécessaire au bon fonctionnement du libéralisme et de son corollaire, le marché financier. Tant que la loi du marché dictera la politique menée à l’Assemblée Nationale, le chômage ne diminuera pas car il fait partie intégrante de la stratégie capitaliste.

La preuve en est que les exécutants de l’UMP et Borloo en tête, ont ouvert le marché de l’emploi au privé. Le 18 janvier 2005, avec la loi de cohésion sociale est tombé un monopole : celui de l’ANPE. Et l’on nous parle du « chiffre d’affaires dans le placement (des travailleurs) », de « nouveau marché » qui intéresse au plus haut point les entreprises de travail temporaire. Et l’on nous dit que si le « marché du placement » semble être solvable pour les cadres, la chose semble être beaucoup moins évidente pour les « non cadres ». Ce qui pourrait vouloir dire que les entreprises privées se partageront le « marché » juteux des cadres laissant à l’ANPE le soin de se débrouiller avec la frange la plus défavorisée des demandeurs d’emploi. Nous verrons plus loin que l’UMP a trouvé la parade !

Il apparaît clairement en approfondissant l’analyse que Dominique de Galouzeau de Villepin a bien consacré ses 100 jours à la fabrication d’un marché des demandeurs d’emplois à grand renfort d’ordonnances. Chaque chômeur, il faut le savoir, représente, pour les entreprises de travail temporaire une manne non négligeable.

Dans un contexte ultralibéral, on ne tarit pas la source de revenus, d’où qu’elle vienne, on a même plutôt tendance à tout faire pour la faire croître.

Libération nous apprend, du reste, qu’en ce début d’année 2005, alors que la loi Borloo prévoyant la fin du monopole de l’ANPE n’a pas été mise en oeuvre, INGEUS, société australienne, a été chargée par l’UNEDIC de reclasser 6 000 demandeurs d’emplois dans la région de Lille et Rouen. Pour ce faire, la société australienne privée bénéficie gratuitement des fichiers de l’ANPE et perçoit de l’UNEDIC 2 800 euros minimum par personne, soit 16 millions 800 mille euros. Si cette pratique se généralise, et la loi BORLOO y encourage vivement on peut affirmer que le marché des chômeurs représente une manne comprise entre 8,5 milliards et 13 milliards d’euros à se répartir entre toutes les entreprises de travail temporaire et autre officines de reclassement. A partir de ce constat édifiant, il est évident que le contrat de nouvelle embauche (période d’essai de 2 ans) représente une source de revenus inépuisable pour les nouveaux négriers que sont les agences de placement.

Sous-traitance européenne

Le scandale des ouvriers polonais de St-Nazaire nous a renvoyé l’image du sinistre Bolkestein et de sa non moins indigne directive. La sous-traitance est désormais devenue un moyen crapuleux d’exploiter les hommes en « omettant » de les payer tout en renvoyant la responsabilité et le traitement du litige au pays d’origine.

Quand on sait, qu’aujourd’hui, nombreuses sont les grandes entreprises qui font appel à de la main d’oeuvre étrangère, essentiellement en provenance des pays de l’Est, il y a lieu de s’inquiéter et de dénoncer cette pratique scandaleuse qui consiste à mettre en concurrence le coût de la main d’oeuvre entre les différents pays d’Europe et du Maghreb, et ce, au mépris des droits de l’homme... et du Code du Travail.

Délocalisation et course au profit.

Silencieux Galouzeau ! C’est le constat qui s’impose après les diverses fermetures d’entreprises et délocalisations à la chaîne. Il n’est pas dans notre intention d’en faire la liste exhaustive, encore que, Le CITOYEN n’exclue pas de faire un bilan complet de ces cent jours qui ont été essentiellement consacrés à la médiatisation individuelle et collective des membres du gouvernement dans le seul but de faire oublier tous les mauvais coups de l’été.

De Neslé, Hewlett-Packard, La Samaritaine, Les usines de chaussures de Romans... jusqu’au déménagement vers la Chine des machines de Barenthal (coutellerie de Moselle), ce sont des milliers d’emplois qui ont été supprimés sans que Monsieur de Villepin ne bouge une oreille. Pour un homme qui s’était engagé à mener « personnellement » la bataille contre le chômage, il est des silences et une inertie parfois éloquents.

Hormis cela, que l’on se rassure, le cours de la Bourse n’a pas cessé de grimper, y compris de manière artificielle (annonce de rachats bidons), les salaires des « grands patrons » n’ont jamais été aussi hauts et les primes de licenciements de ces derniers atteignent des sommets... dans l’indécence.

Et pour conclure, comment passer sous silence le traficotage des chiffres de l’ANPE qui semble être une constante de la Vème République, mais qui, cet été a connu une accélération sans aucun précédent (voir Le Canard du 3 août 2005). La gomme à chômeur ou le coup de Karcher, c’est selon. Le résultat est une baisse sensible et quelque peu miraculeuse du nombre de chômeurs alors que la machine à licencier n’a jamais autant fonctionné.

Quand De Villepin met à mal le principe des vases communicants de grandes choses s’avèrent désormais possibles, y compris une réécriture des grandes théories mathématiques du chômage.

C’est ça l’effet Galouzeau : comme une espèce de gouvernance raffarinienne avec l’élégance hautaine du mépris du petit peuple en plus.

Le résultat du 29 mai ? 55 % de NON au traité européen ? Villepin et Sarkozy s’en tamponnent puisque de toute façon rien ne bouge pour le moment.
Pour le moment seulement !


 
 
 
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