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Lettre de M.-G. Buffet à Xavier Bertrand

Monsieur Xavier Bertrand
Ministre de la santé et des solidarités
8, avenue de Ségur
75700 Paris

Paris, le 24 juin 2005

Monsieur le Ministre,

Après l’échec du gouvernement Raffarin et du Président de la République au référendum sur le projet de constitution européenne, les Français seraient en droit d’attendre une remise en cause de la politique libérale menée tant en France qu’en Europe. Mais force est de constater que les gouvernements se suivent et ...se ressemblent !

Les deux tiers des assurés sociaux ont décidé de ne pas « obéir » à l’injonction qui leur est faite de choisir un médecin traitant sous peine d’être moins remboursé chez le spécialiste. De toute évidence, cette réforme ne recueille pas l’approbation des assurés sociaux ! Et pourtant, Monsieur le Ministre, vous continuez !

Coûte que coûte pour vous la réforme doit se mettre en place afin de satisfaire les exigences des assurances privées qui voient s’ouvrir un marché formidable. Vous méritez bien les remerciements du MEDEF qui contrairement à la majorité de citoyens est écouté et entendu par le gouvernement et sa majorité à l’Assemblée nationale comme en témoigne l’arsenal de mesures annoncées par le Premier ministre : bradage des garanties sociales et du code du travail, exonération supplémentaire de cotisations à la Sécurité sociale...qui viennent compléter celles de la loi Douste Blazy.

Au prétexte de sauver l’Assurance Maladie, votre politique fait payer aux assurés sociaux, aux patients le prix fort sans grande efficacité :

Un euro de leur poche chaque fois que l’on a besoin de soins, quelle que soit leur situation sociale ;
Restrictions drastiques des indemnités journalières alors que de plus en plus d’études font état de la détérioration de la santé des salariés ;
Mise sous tutelle des médecins prescripteurs suspectés de « tricher » ;
Restrictions de l’accès aux soins pour les étrangers et les sans papier au mépris de l’humanisme qui jusqu’alors caractérisait la France...

C’est bien l’organisation d’une médecine à deux vitesses q est en route :

Pour ceux qui peuvent payer : consultation immédiate chez le spécialiste qui « fixe son prix ». En fait, on légalise les dépassements d’honoraires !
Pour les plus modestes, la médecine généraliste embouteillée, de plus en plus contrôlée et des dépenses de moins en moins prises en charge par l’Assurance Maladie.

Il est significatif qu’à ce jour moins de 2 % des spécialistes aient accepté d’être « médecins correspondants » avec des honoraires conventionnés et plafonnés !

Votre réforme vise essentiellement à réduire les dépenses _ publiques en étouffant l’hôpital public, en diminuant les remboursements conformément aux exigences du pacte de stabilité.

Une majorité de Français ne veut plus de cette politique libérale, inhumaine, qui détruit les solidarités, casse notre système de santé, traite avec mépris les assurés sociaux, les culpabilisant et les accusant de tous les maux du régime d’assurance maladie.

Ce qui est en cause, ce ne sont pas les assurés sociaux mais bien cette politique délibérée qui prive la Sécurité sociale de ses recettes pour mieux enrichir les actionnaires, qui brade le service public hospitalier pour répondre à l’injonction de l’AGCS (Accord Général des Services et des Commerces). La directive Bolkestein n’est pas rangée au placard, vous êtes en train de lui donner vie en offrant la santé au marché et à ses lois de la concurrence et du profit !

Mais il n’y a aucune fatalité à cette politique car d’autres choix sont possibles pour garantir l’accès aux soins à tous ceux qui résident sur le territoire français parce que notre pays a la capacité médicale et scientifique de le leur prodiguer. Le Parti communiste avec ses parlementaires a présenté des alternatives à cette réforme en proposant par exemple :

- La suppression de toutes les mesures financières limitant l’accès aux soins ;
- Le remboursement à 100% des dépenses de santé par l’assurance maladie ;
- Un plan d’urgence pour l’hôpital et pour l’emploi et la formation des professionnels de santé ;
- Des recettes supplémentaires en faisant notamment contribuer les produits financiers des entreprises, en renonçant aux exonérations de charges qui n’ont jamais eu comme conséquence de créer des emplois, en mettant en chantier une grande réforme de l’assiette des cotisations sociales qui favoriserait l’emploi, les salaires et la formation.

A quelques jours de la date butoir qui a été fixée pour le retour des questionnaires, nous assurons de notre soutien tous les médecins qui ont décidé en accord par leurs patients de ne pas renvoyer le formulaire comme nous soutenons tous les assurés sociaux qui l’ont gardé chez eux et qui continuent à s’opposer à cette réforme destructrice de solidarités. Nous partageons leur détermination.

C’est pourquoi nous vous demandons d’abroger le dispositif du médecin traitant et d’ouvrir des négociations avec l’ensemble des partenaires sociaux.
Soyez assuré, Monsieur le Ministre, que nous mettrons tout en oeuvre pour soutenir leurs actions.

En cette année de célébration du soixantième anniversaire du Conseil de la Résistance, le Parti Communiste Français, fidèle aux idéaux de solidarité des fondateurs de la Sécurité sociale contribuera à créer les conditions d’une grande réforme progressiste de notre système de santé et de protection sociale.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, mes salutations les meilleures.

Marie-George Buffet


 
 
 
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