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Majorité municipale et finaces locales

Interview du maire de Grigny par Le Citoyen

A l’heure où l’actualité municipale est à la préparation du vote du budget – participatif – de la commune, une adjointe au maire voit ses délégations lui être retirées. Le Citoyen a souhaité en savoir davantage sur une mandature qui se confirme délicate.

Le Citoyen : Vous venez d’informer la presse que vous retirez vos délégations Restauration et Etat civil à votre adjointe, Alexandra Pigeon. C’est la quatrième fois, depuis le début de cette mandature 2008-2014, que vous retirez vos délégations à des élus. C’est une situation inédite à Grigny. Comment analysez-vous cette conjoncture ?

René Balme : Inédite, oui, mais ô combien justifiée. En effet, depuis 28 ans que je suis élu, c’est bien la première fois que j’assiste à une telle attitude de la part d’élus qui se prétendent de gauche et qui se comportent comme une véritable opposition à la politique menée par la majorité. Ces élus se caractérisent par un comportement particulièrement individualiste et partisan, incapables de respecter les engagements qu’ils ont pris dans le cadre du programme municipal qu’ils ont contribué à élaborer. Ils étaient supposés s’engager aux côtés d’autres formations politiques et de la société civile de gauche, en sachant que l’ouverture d’esprit est primordiale pour travailler ensemble. Ils n’ont vraisemblablement pas compris que leur personne, en se mettant concrètement au service de l’administration d’une commune, allait être mise à la rude épreuve de l’exigence de résultat. Lors du dernier conseil municipal, le 8 février, le summum a été atteint et des insultes graves ont été proférées par Alexandra Pigeon à l’égard de deux élus dont la première adjointe. C’est parfaitement inadmissible et indigne et cela est condamnable juridiquement. Ce climat délétère auquel nous avons à faire face, localement, est à l’image de ce qui se passe au sein même du Parti Socialiste où les intérêts personnels et électoralistes ont désormais pris le pas sur l’intérêt général et celui des populations. Ce n’est pas tolérable et la majorité municipale que j’ai l’honneur de diriger, ne se laissera pas enfermer dans une démarche qui est particulièrement nuisible pour le devenir de la ville et l’intérêt des Grignerots. Pour être en mesure de participer à un débat d’idées -toujours nécessaire et que je soutiens- encore faut-il avoir des idées et être intellectuellement capable de les défendre. Le constat dramatique qui s’impose est que lorsque l’insulte remplace le débat et l’échange, c’est que les arguments font défaut et que l’on a atteint le degré zéro de la politique.

Le Citoyen : Le vote des Grignerots en 2008 a placé la majorité du Conseil municipal à gauche. A quel point est-ce encore le cas ?


René Balme
 : C’est toujours le cas et ce n’est pas parce que quelques brebis galeuses ont été écartées, à juste titre, que tout a basculé. Au contraire, ces épreuves successives ont permis de confirmer la solidarité de la majorité municipale autour du maire afin de mettre en œuvre le programme municipal et de préparer l’avenir de Grigny et de ses habitants. Et puis, je voudrais revenir sur l’appellation « gauche ». Ce terme générique ne veut plus dire grand chose. Pacsal Lamy, directeur de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et Dominique Strauss-Kahn, directeur du Font monétaire international (FMI) sont des hommes de gauche encartés au PS, comme le sont Mamar Djeroro et Alexandra Pigeon ; sont-ils pour autant représentatifs du peuple de gauche ? Je ne le pense pas puisqu’ils défendent ou mettent en œuvre une politique libérale que ne renient pas la droite américaine, française ou européenne. La vraie gauche, dont je me réclame, est antilibérale, humaniste, écologiste, féministe et elle place résolument l’être humain au centre de toute son action.

Le Citoyen : La municipalité est critiquée, par certains élus, sur ses orientations budgétaires et notamment sur le montant élevé de ses impôts locaux. Dans une ville de gauche, attachée au social, à la justice sociale et dans le contexte de crise économique aigüe actuel, pourquoi ne faites-vous pas le choix d’aider les familles en baissant les impôts ?


René Balme
 : Que veut dire baisser les impôts ? Baisser les taux votés par la Ville ou baisser les bases définies par l’Etat ? Ou les deux  ? Je rappelle, car beaucoup ne le savent pas ou font mine de l’oublier que si les impôts sont très chers pour certains, ils sont sous évalués pour d’autres. Cette disparité découle de ce que l’évaluation des bases date de 1970 et il n’y a pas eu de réforme visant à les réévaluer depuis. Il en découle que les constructions nouvelles sont surtaxées et que l’habitat ancien est lui, sous taxé ! Jouer sur les taux ne servirait à rien et aurait pour conséquence de priver la collectivité des rentrées financières nécessaires à son bon fonctionnement. De plus, à Grigny, et comme c’est le cas pour la moyenne nationale, 50 % des foyers fiscaux sont exonérés ou plafonnés en ce qui concerne la taxe d’habitation parce qu’ils ont des revenus trop faibles. Dans ces conditions, seule une véritable réforme de la fiscalité locale peut modifier le montant des impôts locaux et, surtout, le rendre plus équitable. Si l’on veut que ceux-ci diminuent ou n’augmentent pas, il faudrait, aussi, que l’État cesse de se désengager et de transférer aux collectivités des charges qu’il ne compense pas !

Il faudrait également qu’il cesse d’exonérer le monde de la finance de ses devoirs envers la République. Vous le voyez, les élus bénéficient de très peu de marge dans le domaine de la fiscalité locale. Et pour conclure, je rappelle que l’impôt local sert exclusivement à financer le service offert à la population  : crèches, écoles, cantine, état civil, urbanisme, stationnent, etc. Le service public demeure un principe fondamental de justice sociale parce qu’il s’adresse à tous. Il s’oppose frontalement au service marchand qui ne s’adresse qu’à celles et ceux qui ont les moyens financiers de le payer. Notre époque voudrait que le commerce et la marchandisation soient des évidences de vie et de progrès, alors qu’ils sont parfaitement inégalitaires. Même si le financement du service public est un vrai problème, le service public demeure un outil essentiel pour les populations, surtout en situation de crise. S’engager dans la majorité municipale à Grigny signifie défendre et développer le service public. Reprocher ensuite les choix budgétaires est donc une malhonnêteté intellectuelle et politique.


 
 
 
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